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L’Allemagne exprime de plus en plus ouvertement son mécontentement vis-à-vis de la BCE et de sa conception de l’euro. Cette tension grandissante pourrait rapidement déboucher sur une crise ouverte.

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Comment l’euro divise l’Europe

Le sommet des ministres des Finances du G20, qui s’est tenu lundi dernier à Brisbane, a permis de prendre la mesure des divisions qui affaiblissent l’Europe, et qui tournent toutes autour de la politique monétaire et de la relance de la croissance. L’Allemagne défend une ligne orthodoxe rigoureuse: politique monétaire restrictive et retour à l’équilibre budgétaire, pendant que les pays à l’ouest et au sud du Rhin prônent un laxisme monétaire et budgétaire pour relancer la croissance.

Entre les deux « partis », la querelle prend l’allure d’une guerre de religions, chacun accusant l’autre d’hérésie.

Wolfgang Schaüble a été encore plus explicite : «Dès que la France et l’Italie mettront en oeuvre des réformes structurelles substantielles, la situation en Europe changera. Les leaders responsables en France et en Italie savent très bien ce qui doit être fait mais il leur est difficile de convaincre leur parlement et leur opinion publique.»

En marge de cette réunion, Mario Draghi a persisté et signé, en affirmant que la BCE accroîtrait ses interventions sur les marchés pour faciliter la reprise et la relance de l’inflation. Quelques jours auparavant, il avait défendu sa doctrine de l’euro faible, qui a le don d’exaspérer l’Allemagne.

Crise de plus en plus ouverte au sein de la BCE

Les tensions entre l’Allemagne et le reste de l’euro ont atteint une sorte de paroxysme. Il semblerait que Mario Draghi n’adresse même plus la parole au gouverneur de la Bundesbank et qu’il le tienne méticuleusement à l’écart des décisions.

Il faut dire que le gouverneur de la Bundesbank n’en rate pas une. Il s’est notamment fendu lundi dernier d’une déclaration tapageuse sur la fermeté nécessaire vis-à-vis de la France:

« La crédibilité des règles serait sérieusement entamée » si Bruxelles refusait de sanctionner la France pour une nouvelle violation de la règle d’un déficit budgétaire limité à 3% de produit intérieur brut (PIB), a déclaré le président de la Bundesbank lors d’un discours à Bielefeld, en Allemagne.

Jens Weidmann a rappelé que la crise de la dette avait éclaté en raison de la perte de confiance des marchés financiers quant à la soutenabilité de la dette de certains pays de la zone euro.

« De mon point de vue, ce n’est pas en s’écartant du chemin de la consolidation que l’on gagne la confiance », a-t-il dit.

La Commission Européenne met son grain de sel

Mario Draghi semble bien décidé à passer outre l’opposition allemande et à imposer sa politique, de conserve avec la Commission Européenne qui agit discrètement pour l’aider. La Commission vient ainsi de faciliter les règles de titrisation pour les banques et les assurances.

Pour les novices sur ce sujet, précisons simplement que la titrisation, pour un banquier ou un assureur, consiste à revendre ses créances à un autre banquier ou un autre assureur. Ce mécanisme, largement utilisé aux Etats-Unis dans les années 2000 sur le marché immobilier, a consisté, pour certains prêteurs, à revendre à prix d’or les crédits hypothécaires qu’ils avaient consentis à des clients insolvables. Cette mécanique leur a permis d’empocher une jolie plus-value et de se débarrasser de crédits risqués, les encourageant du même coup à vendre de plus en plus de crédits de plus en plus risqués: c’est ainsi que la crise des sub-primes nous est venue.

Pour l’instant, la Commission a établi un cadre strict pour limiter les dérives façon subprimes, mais on fait confiance aux banquiers pour monter des machines infernales qui contourneront les règles et feront endosser tôt ou tard aux contribuables européens le prix de leurs profits mal acquis.

Draghi transforme la BCE en bad bank

On adorerait donner tort à l’Allemagne, mais force est de constater que la politique de Mario Draghi ne tardera pas à coûter cher aux Européens: elle leur permet peut-être d’obtenir une bouffée d’oxygène immédiate, mais la suffocation sera terrible le jour où les mauvais risques que la BCE est en train de concentrer se réaliseront.

Il est désormais acquis que la BCE, pour sortir la zone euro de l’ornière où elle végète depuis plusieurs années, se lancera à court terme dans des rachats massifs de titres souverains et de titres privés (ABS) – une politique que l’Allemagne considère (à juste titre) comme une incitation à la dette et une désincitation aux réformes, et que la France soutient sans surprise, à condition qu’elle soit mise en place par le biais des banques centrales nationales, et non par des opérateurs privés (la Banque de France défend ici le gagne-pain de ses 10.000 salariés…).

Cette politique n’exclut d’ailleurs pas d’autres instruments à venir, appelés de leurs voeux par les pays du sud. Tout est donc réuni pour que l’euro reste sur une tendance baissière accompagnée de taux proches de 0, sujet d’exaspération en Allemagne, où la retraite par capitalisation peine à tenir ses objectifs techniques.

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source et suite de l’article: economiematin

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