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Analyse de Philippe Grasset du site Dedefensa, très instructive, apparement les politiques et militaires européens se réveillent, et expriment leur mécontentement, les médias poursuivants la narrative US…à suivre.

extraits: _le général Kujat, ancien président du Comité militaire de l’OTAN, répondant lui aussi à Kornblum qui affirmait que les Russes se battent en Ukraine : «Si les forces régulières russes participaient à cette guerre, l’affaire serait finie en 48 heures[…] [Si ]nous avions la stupidité d’entrer dans cette guerre, nous ne serions pas capables de la gagner; nous perdrions et ce serait catastrophique.»

François Fillon a fait des déclarations allant dans le même sens extrêmement dur. (Les USA sont en train de «chercher à déclencher une guerre en Europe, ce qui serait catastrophique… Et une fois que la guerre aura éclaté, ils chercheront à prendre leurs distances


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L’Allemagne, entre deux eaux très agitées

 

Par Philippe Grasset – Le 10 février 2015 – Source dedefensa

La rencontre Merkel-Obama à Washington, après les folies non autorisées par Washington de la semaine dernière, montre ce que nous nommerions un réalignement marginal sur les thèses US. Une autre interprétation est de parler de divergence tactiques, suggérant que les deux pays sont stratégiquement alignés. C’est l’image du verre à moitié vide ou du verre à moitié plein ; notre image du réalignement tactique indique que nous choisissons l’option du verre à moitié vide, non parce que nous aurions confiance dans le comportement pseudo-ferme de cette chancelière plutôt de fer-blanc, mais parce que nous ne voyons rien, dans les événements à venir et dans l’intransigeance-Système du fondement de la non-politique US, matière à remplir un peu plus ce verre vide – et plutôt diablement le contraire, certes.

La chancelière aura bien du mal à maintenir son pseudo-réalignement avec les mesures qu’on peut attendre de la poursuite de la politique US présentée comme rationnelle et bien calibrée par le président Obama, et en fait répondant aux poussées hyper-hystériques des relais du Système qui tiennent le haut du pavé à Washington. Elle aura bien du mal parce qu’il s’avère que le climat politique intérieur en Allemagne est de plus en plus marqué par une virulente opposition à la politique US, induite pour l’instant par la possibilité de livrer des armes dites létales au régime de Kiev. (L’option de ces livraisons est toujours sur la table, a aimablement indiqué BHO à Merkel, tandis que le Congrès, notamment l’inusable McCain, continue d’affirmer haut et fort que sa position en faveur des livraisons suffit complètement à effectuer effectivement ces livraisons.)

Russia Today (RT) le 10 février 2015: «La possibilité de fournir Kiev en armes défensives létales est sur la table, a déclaré Barack Obama dans une conférence de presse conjointe avec Angela Merkel. Toutefois, la chancelière allemande a redit qu’il n’y avait pas de solution militaire au conflit dans l’est de l’Ukraine. La possibilité de fournir des armes défensives létales est une de ces options qui est en cours d’examen», a déclaré le président américain lors d’une conférence de presse conjointe avec Mme Merkel à Washington.

Merkel […] a dit d’un ton moins agressif mais tout aussi ferme : «Nous continuons à rechercher une solution diplomatique, bien que nous ayons subi de nombreux revers. Mais j’ai toujours dit que je ne vois pas de solution militaire à ce conflit, a-t-elle dit en se servant d’un interprète. […] Je ne pourrais pas vivre sans avoir fait cette tentative», a déclaré Mme Merkel, qui continue d’accuser Moscou de violer les termes initiaux du traité de Minsk et de soutenir les rebelles anti-Kiev.

Pourtant, les deux dirigeants sont apparus quelque peu sceptiques sur l’issue d’une solution diplomatique. «Si, à moment donné, on s’aperçoit que ça ne donne rien malgré tous nos efforts, alors les Etats-Unis et l’Europe devront s’asseoir ensemble et explorer d’autres possibilités, voir ce que l’on peut faire», a reconnu la chancelière allemande sexagénaire.

Pourtant, malgré quelques désaccords tactiques, les deux dirigeants ont essayé de présenter un front commun. «L’agression russe n’a fait que renforcer l’unité entre les États-Unis, l’Allemagne et les autres alliés européens, a déclaré le président. Il va continuer à y avoir une forte réponse conjointe des États-Unis et de l’Europe – cela ne va pas changer, a déclaré Obama. «Pour quelqu’un qui vient d’Europe, je peux seulement dire que si nous abandonnons le principe de l’intégrité territoriale, nous ne serons pas en mesure de maintenir l’ordre pacifique de l’Europe. Ce qui est de toute première importance», a déclaré Mme Merkel en condamnant la sécession de la Crimée de l’Ukraine, ainsi que l’éclatement des régions de Donetsk et de Lougansk.

Nous disions donc que, du côté politique intérieur en Allemagne, il n’est nullement assuré que le réalignement, marginal ou pas, de Merkel sur Washington obtienne un soutien enthousiaste. Il y a des signes extrêmement significatifs à cet égard, y compris dans son gouvernement, comme le montre la déclaration du ministre des Affaires étrangères allemand Steinmeier, annonçant rien de moins que, dans certains cas, il se pourrait qu’il faille décider de sanctions contre l’Ukraine (celle de Kiev)… C’est sur la station de TV ARD que Steinmeier a fait cette déclaration (voir Fortrus.blog, le 9 février 2015). Steinmeier a estimé que, si aucune décision politique (concernant la guerre) n’était atteinte en Ukraine, le gouvernement allemand se réserve le droit d’agir d’une façon décisive contre la direction ukrainienne, jusques et y compris l’instauration de sanctions. Les vertueux ukrainiens de Kiev ont réagi au bord de la suffocation. Le ministre des affaires étrangères ukrainien Oleforiv a convoqué l’ambassadeur allemand et lui a fait une scène quasi-hystérique. Les Allemands ont laissé courir, mais Steinmeier n’est pas revenu sur sa déclaration. (Vieille habitude, l’hystérie chez ces diplomates ukrainiens et chevronnés. En décembre 2014, le représentant de l’Ukraine à l’UE était intervenu en vociférant pour commenter une déclaration du même Steinmeier affirmant que l’Ukraine n’entrerait pas dans l’OTAN, par cette étrange affirmation: «Personne ne peut empêcher l’Ukraine d’entrer dans l’OTAN!» … Et si, pourtant, l’OTAN elle-même qui propose une adhésion, et puis chacun des 27 membres de l’OTAN qui ont un droit de veto.)

Voici maintenant un débat intéressant sur la chaîne TV allemande ARD, dimanche soir, dont Sputnik.News donne des extraits intéressants, ce 9 février 2015. (Sputnik.News, désignée comme une officine de propagande par le vertueux Economist. Par bonheur, The Economist ne perdra pas son temps à retranscrire les détails de ce débat – diantre, on a sa dignité, même dans les poubelles.) Le débat impliquait notamment le président du Parlement européen Schulz, l’ambassadeur US Kornblum, un général allemand venu de l’OTAN, une journaliste… Ce qui est remarquable, c’est la vigueur des propos de la part des intervenants allemands, dont certains directement destinés aux USA (Schulz, répondant à Kornblum qui avait affirmé que «Rien ne se réglera sans la participation des États-Unis» : «Je veux insister sur le fait les USA ne sont pas des voisins de la Russie, et cette guerre n’a pas lieu aux portes des USA. Je veux insister sur le fait que c’est un problème européen et je crois que les USA devraient se tenir à distance respectueuse.»… Ou encore, le général Kujat, ancien président du Comité militaire de l’OTAN, répondant lui aussi à Kornblum qui affirmait que les Russes se battent en Ukraine : «Si les forces régulières russes participaient à cette guerre, l’affaire serait finie en 48 heures[…] [Si ]nous avions la stupidité d’entrer dans cette guerre, nous ne serions pas capables de la gagner; nous perdrions et ce serait catastrophique.»)

L’ancien ambassadeur américain en Allemagne, John Kornblum, a agacé ses hôtes en minimisant l’importance des négociations de paix franco-allemandes sur l’Ukraine, en affirmant que «les Russes ne respectent que la force, pas la conciliation.» L’ambassadeur a noté que si «c’est merveilleux que l’Europe fasse quelque chose … rien ne sera possible sans la participation des Etats-Unis.» Selon lui, «en fin de compte, c’est à Washington que le pouvoir se trouve».

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, s’est empressé de sauter sur l’occasion de contester la déclaration de Kornblum, notant que «au contraire, tout s’arrangera si les Européens arrivent à un accord avec leurs voisins européens. Les États-Unis ne sont pas les voisins de la Russie et cette guerre ne se produit pas aux portes des États-Unis. Je tiens à souligner que c’est un problème européen, et je crois que les États-Unis ne doivent pas s’en mêler.» Schulz a ajouté que les déclarations du président Barack Obama sur le fait que la Russie est en train de perdre son statut de grande puissance sont «tout simplement fausses» et que la Russie est une superpuissance nucléaire avec un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, «Je me demande à quoi sert une pareille provocation ?» […]

Le journaliste et ancien correspondant de l’ARD à Moscou, Gabriel Krone-Schmalz, est d’accord avec son collègue et note que «ce qui est important aujourd’hui, ce ne sont pas les démonstrations de force ou de faiblesse». Ce qui est important, «c’est d’arrêter ce qui se passe en Ukraine aussi vite que possible, parce que des gens y meurent chaque jour». Krone-Schmalz a souligné l’absurdité des «arguments [présentant] Poutine comme éloigné de la réalité, fou, sanguinaire et même autiste, au lieu de se documenter sur la situation en Russie et d’essayer de comprendre les intérêts des Russes». […]

Harald Kujat, général en retraite de l’armée de l’air allemande et ancien président du Comité militaire de l’OTAN s’est joint à la conversation pour insister sur le fait que ce qui est en jeu dans ces négociations est la menace d’une guerre générale en Europe. Il a noté qu’«il y a le danger que la guerre en Ukraine ne se transforme en guerre pour l’Ukraine. Ce serait un développement que personne ne soutiendrait. En outre, le général a noté que si nous entrons bêtement dans cette guerre, nous ne serons pas en mesure de la gagner; nous perdrons, et ce sera catastrophique». Kujat a noté que la mission de paix Hollande/Merkel, «ne devait s’épargner aucun effort pour ramener la paix surtout pour le peuple de l’Ukraine».

Lorsque Kornblum a affirmé que «ce sont les Russes qui mènent cette guerre», Kujat a rétorqué : «On nous rabâche de tous les côtés que les forces régulières russes participent au conflit. Le président de l’Ukraine ne cesse de le répéter. Cependant, il n’y a aucun élément qui puisse le prouver avec suffisamment de certitude.» Le général a ajouté que, selon lui, «si les forces régulières de l’armée russe avaient participé au conflit, il aurait été terminé en 48 heures».

On comprend essentiellement ce qui se passe, qui est intervenu dans les trois ou quatre derniers jours, et qui représente certainement l’événement historique à propos duquel nous nous interrogions, concernant cette crise – finalement, il semble qu’il ait bien eu lieu. Il n’est plus tant question de l’Ukraine, de la recherche de la paix, des responsabilités, des échanges d’accusation, etc., il est désormais question de la guerre… Celle qui est en cours, celle qui peut s’étendre, celle qui peut aller jusqu’aux folies indescriptibles de la possibilité d’un conflit nucléaire. Cette rhétorique-là est complètement différente et sépare radicalement les Européens et les USA, comme l’explique Shulz ; parce que cette guerre concerne directement l’Europe, pèse sur le destin de l’Europe, menace son existence même, tandis que pour les USA elle est bien loin, si loin… Il s’agit du fameux découplage qui fut tout au long de la Guerre froide l’objet de débats et crises sans fin, et constitua le principal motif opérationnel du retrait de la France de l’OTAN et du développement de la force nucléaire française (substantivation par cette sorte de question : «Croyez-vous que les USA risqueront l’existence de Chicago pour sauver Hambourg ?»). Mais pendant la Guerre froide, le débat était théorique, aujourd’hui il est concret, immédiat, opérationnel, et d’autant plus dramatique et antagoniste que ce sont les USA qui, pratiquement les seuls avec quelques clowns ukrainiens, poussent à la guerre. Ce découplage-là, dans des circonstances qui ne peuvent être que de plus en plus dramatiques et n’apporteront donc pas l’apaisement d’une détente de la tension, risque de conduire à un divorce, à une rupture, rien de moins.

Ce changement du thème de la rhétorique vers le thème de la guerre est aussi audible en France, dont on a vu combien le climat était en train de changer. Sans parler de ceux (Marine Le Pen) dont la position est connue, à l’UMP, après Sarkozy, Fillon a fait des déclarations allant dans le même sens extrêmement dur. (Les USA sont en train de «chercher à déclencher une guerre en Europe, ce qui serait catastrophique… Et une fois que la guerre aura éclaté, ils chercheront à prendre leurs distances»… Les USA agissent dans un «aveuglement complet», ils essaient constamment de «régler les problèmes par la force… Ils commettent erreur sur erreur et aujourd’hui, ils sont complètement discrédités... Aujourd’hui, l’Ouest essaie de représenter la Russie comme une menace pour le monde entier, en oubliant que la Russie est puissante et que c’est un grand pays, pour ne rien dire du fait que c’est une puissance nucléaire…»).

Le constat est donc bien que l’événement historique, le changement de paradigme qui fait passer le thème central de la soi-disant intégrité de l’Ukraine à la possibilité d’une guerre majeure en Europe, et l’accusation de la Russie aux USA, est en train de pénétrer avec une virulence extraordinaire les milieux politiques, au moins en France et en Allemagne. Dans ces conditions, les dirigeants de ces deux pays, qui continuent (surtout Merkel) a développer une rhétorique ambiguë, à double face, risquent de se trouver dans des difficultés grandissantes. Le danger intérieur pourrait devenir majeur pour Merkel, qui dépend de sa base politique et parlementaire, au contraire du président français. Si elle poursuit son discours actuel (qui est peut-être le fruit d’obligations secrètes) et si les milieux politiques allemands continuent à évoluer, ce n’est rien de moins que sa position de chancelière qui serait en jeu.

Traduction des parties en anglais par Dominique, relu par jj pour le Saker Francophone

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Pendant que Merkel et Hollande parlent de « paix », les USA préparent leur grande offensive d’été en Ukraine

Les pourparlers de paix actuels, initiés par Angela Merkel et François Hollande n’ont comme but que de faire gagner du temps au régime ukrainien dont la situation militaire est catastrophique. Si un nouvel accord de cessez-le-feu était mis en oeuvre, l’armée ukrainienne pourrait retirer ses 8000 hommes pris au piège dans le chaudron de Debaltsevo, et permettrait aux USA d’organiser l’armement et la formation des unités ukrainiennes en vue d’une prochaine offensive à la fin du printemps ou cet été.

Dans cette optique, les présidents allemands et français jouent le rôle de supplétifs de Washington afin de négocier une trêve dont le régime ukrainien a désespérément besoin en attente du programme d’armement américain. 1 milliards d’euros devraient être débloqués à cet effet par le président Obama après le feu vert du congrès. L’ambassadeur US à Kiev Geoffrey Pyatt a également annoncé que le programme de formation militaire à destination de l’armée ukrainienne (et des bataillons néo-nazis de la garde nationale), allait commencer début mars :

Nous avons acheté des véhicules blindés, des appareils de vision nocturne, des systèmes radars, du matériel radio de communication crypté. Maintenant, nous considérons que l’aide la plus importante est la formation et le recyclage des troupes militaires ukrainiennes. Nous allons commencer un programme approprié en mars. »

 

Washington a besoin d’une guerre en Ukraine pour atteindre ses objectifs stratégiques. On ne le dira jamais assez.

Les États-Unis veulent faire avancer l’OTAN jusqu’à la frontière occidentale de la Russie. Ils veulent un pont terrestre vers l’Asie pour multiplier les bases militaires étatsuniennes sur tout le continent. Ils veulent contrôler les couloirs de pipelines de la Russie vers l’Europe pour contrôler les revenus de Moscou et s’assurer que le gaz continue d’être négocié en dollars. Et ils veulent une Russie affaiblie et instable qui sera plus vulnérable au changement de régime, à la fragmentation et, finalement, au contrôle étranger. Ces objectifs ne peuvent être atteints pacifiquement, et de fait, si les combats cessaient demain, les sanctions seraient levées peu après et l’économie russe rebondirait. Cela serait-il profitable à Washington?

Bien sûr que non. Cela saperait le plan plus vaste de Washington qui est d’intégrer la Chine et la Russie dans le système économique dominant, le système du dollar. Les éminences grises étatsuniennes se rendent compte que si le système actuel ne peut pas se développer, il s’effondrera. Si la Chine et la Russie ne sont pas mises au pas et convaincues d’accepter un rôle subalterne dans l’ordre mondial mené par les Etats-Unis, Washington perdra sa position de puissance hégémonique mondiale.

C’est la raison pour laquelle les hostilités dans l’Est Ukraine s’intensifient et vont continuer à s’intensifier. C’est la raison pour laquelle le Congrès américain a voté des sanctions plus sévères contre le secteur énergétique russe ainsi que l’envoi d’armes létales à l’armée ukrainienne. C’est la raison pour laquelle Washington a envoyé des instructeurs militaires en Ukraine et se prépare à fournir 3 milliards de dollars de « missiles anti-blindés, de drones de reconnaissance, de blindés Humvees, et de radars capables de repérer l’emplacement des roquettes et de l’artillerie ennemies. » Toutes les actions de Washington n’ont qu’un seul but : intensifier la lutte et intensifier le conflit. Les lourdes pertes subies par l’armée inexpérimentée de l’Ukraine et les terribles souffrances des civils de Lougansk et Donetsk n’ont aucun intérêt pour les stratèges américains. Leur travail est d’éviter la paix à tout prix parce que la paix ferait dérailler le projet américain de pivoter vers l’Asie et de rester la seule superpuissance au monde. Voici un extrait d’un article de WSWS:

« L’objectif ultime des Etats-Unis et ses alliés est de réduire la Russie à une semi-colonie misérable. Cette stratégie, historiquement associée au conseiller à la Sécurité Nationale de l’administration Carter, Zbigniew Brzezinski, National Security Advisor, est à nouveau à l’honneur.

Dans un discours prononcé l’an dernier au Centre Wilson, Brzezinski a appelé Washington à fournir à Kiev des « armes spécialement conçues pour permettre aux Ukrainiens de s’engager dans une guérilla urbaine de résistance. » Conformément à la politique actuellement prônée par l’Institut Brookings et d’autres think tanks qui appellent à armer le régime de Kiev, Brzezinski a appelé à fournir des « armes antichars … des armes appropriées au close-combat urbain. »

La stratégie définie par Brzezinski est certes criminelle d’un point de vue politique – du fait qu’elle piège la Russie dans une guerre urbaine ethnique en Ukraine qui menacerait de mort des millions, sinon des milliards de personnes – mais le fait est qu’elle est parfaitement conforme à la politique qu’il prône contre la Russie depuis des décennies.  » (« L’armement américain de l’Ukraine et le danger d’une troisième guerre mondiale« , World Socialist Web Site)

L’aide militaire non létale entraînera inévitablement l’aide létale, les armes sophistiquées, les zones d’exclusion aérienne, l’assistance secrète, les milices privées, les opérations spéciales et les bottes sur le terrain. Nous connaissons déjà tout ça. La population étatsunienne ne s’oppose pas à la guerre, il n’y a pas de mouvement anti-guerre en mesure de paralyser les villes, déclencher une grève générale ou remettre en question le statu quo. Il n’y a donc aucun moyen d’enrayer le bellicisme galopant. Les médias et la classe politique ont donné carte blanche à Obama, il peut poursuivre la guerre comme il veut. Cela augmente la probabilité d’une guerre plus large, cet été après la fonte des neiges.

Bien qu’on ne puisse exclure la possibilité d’une conflagration nucléaire, cela n’affectera pas le projet étatsunien pour le futur proche. Personne ne pense que Poutine va déclencher une guerre nucléaire pour protéger le Donbass, ce qui enlève toute force dissuasive à cette arme.

Et Washington ne s’inquiète pas non plus des coûts. Malgré l’échec des interventions militaires en Afghanistan, en Irak, en Libye et dans une demi-douzaine d’autres pays à travers le monde, les actions américaines montent encore, les investissements étrangers dans les bons du Trésor américain atteignent des records, l’économie des Etats-Unis croît à un rythme supérieur à tous ses concurrents, et le dollar a grimpé d’un impressionnant 13 % face à un panier de devises étrangères depuis juin dernier. Ça n’a rien coûté à l’Amérique de détruire de larges pans de la planète et de tuer plus d’un million de personnes. Pourquoi s’arrêteraient-ils maintenant?

Ils ne s’arrêteront pas, et c’est la raison pour laquelle les combats en Ukraine vont s’intensifier. Voyez ce que dit WSWS:

« Lundi, le New York Times a annoncé que l’administration Obama allait armer directement l’armée ukrainienne et les milices fascistes qui soutiennent le régime de Kiev lui-même soutenu par l’OTAN, après les récents revers que ce régime vient de subir dans la guerre qu’il mène contre les forces séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

L’article cite un rapport publié conjointement, lundi, par l’Institut Brookings, le Conseil Atlantique et le Conseil de Chicago sur les affaires mondiales, et remis au président Obama, qui conseille la Maison Blanche et l’OTAN sur la meilleure manière d’intensifier la guerre en Ukraine ….

Selon le Times, les responsables américains se rallient tous aux propositions du rapport. Le commandant de l’OTAN en Europe, le général Philip M. Breedlove, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le chef d’état-major des armées des États-Unis le général Martin Dempsey soutiennent tous la proposition d‘armer Kiev. La conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice, est en train de reconsidérer son opposition à la fourniture d’armes à Kiev, ce qui permettra à Obama d’en faire autant. » ( » Washington s’apprête à armer le régime ukrainien « , World Socialist Web Site).

Vous voyez ce qui est en train de se passer? Les dés sont déjà jetés. Il y aura une guerre avec la Russie parce que c’est ce que l’establishment politique veut. C’est aussi simple que cela. Et tandis que les provocations précédentes n’ont pas réussi à attirer Poutine dans le chaudron ukrainien, cette nouvelle vague de violence – l’offensive printanière – y parviendra sûrement. Poutine ne va pas rester les bras croisés pendant que les suppléants des Etats-Unis réduisent le Donbass en ruines façon Fallouja avec les armes et la logistique étatsuniennes. Il fera ce que tout leader responsable doit faire. Il protégera son peuple. Cela signifie la guerre. (Voir les immenses dégâts que la guerre par procuration d’Obama a déjà causés en Ukraine de l’Est, ici : “Un aperçu de la situation socio-humanitaire sur le territoire de la République populaire de Donetsk à la suite des opérations militaires du 17 au 23 Janvier 2015“).

Guerre asymétrique: la chute des prix du pétrole

Gardez à l’esprit que l’économie russe a déjà souffert des sanctions économiques, de la manipulation du prix du pétrole, et de la brutale attaque contre le rouble. Jusqu’à cette semaine, les médias grand public rejetaient l’idée que les Saoudiens faisaient délibérément chuter les prix du pétrole pour nuire à la Russie. Ils disaient que les Saoudiens cherchaient simplement à conserver leur « part de marché » en maintenant les mêmes niveaux de production et en laisser les prix baisser naturellement. Mais tout cela était de la foutaise et le New York Times l’a finalement reconnu mardi dans un article intitulé: « Le pétrole saoudien est un moyen de pression pour forcer la Russie à cesser de soutenir le président syrien, Assad ». Voici un extrait de l’article:

« L’Arabie saoudite a tenté de faire pression sur le président Vladimir V. Poutine de Russie pour qu’il renonce à soutenir le président Bachar al-Assad de Syrie, en se servant de sa position dominante sur les marchés mondiaux du pétrole au moment où le gouvernement russe souffre des conséquences de la chute des prix du pétrole …

Des officiels saoudiens disent – et c’est ce qu’ils ont dit aux États-Unis – qu’ils peuvent peser sur M. Poutine en raison de leur capacité à réduire l’offre de pétrole et à faire monter les prix … Le moindre signe d’affaiblissement du soutien que la Russie apporte à M. Assad pourrait indiquer que la récente agitation du marché du pétrole a un impact sur la gouvernance mondiale …

L’effet de levier de l’Arabie saoudite dépend de l’importance que Moscou attache à la baisse de ses revenus pétroliers. « Si sa situation est si grave que les Russes ont besoin d’un accord pétrolier tout de suite, alors les Saoudiens sont dans en bonne position pour leur faire payer un prix géopolitique aussi », a déclaré F. Gregory Gause III, un spécialiste du Moyen-Orient de l’école de gouvernement et de service publique Texas A & Bush (« Le pétrole saoudien est considéré comme un moyen de pression pour forcer la Russie à cesser de soutenir le Syrien Assad« , New York Times).

Les Saoudiens « pensent donc qu’ils ont une certaine influence sur M. Poutine en raison de leur capacité » à manipuler les prix?

Tout est dit, n’est-ce pas?

Ce qui est intéressant dans cet article c’est la façon dont il contredit des articles précédents du Times. Par exemple, il y a seulement deux semaines, dans un article intitulé « Qui dominera le marché du pétrole? », l’auteur ne voyait aucune raison d’ordre politique à l’action de l’Arabie. Selon lui, les Saoudiens avaient juste peur « de perdre des parts de marché de façon permanente » s’ils réduisaient la production et maintenaient les prix élevés. Le Times a fait maintenant volte-face et rejoint les soi-disant fous de la conspiration qui disent que les prix ont été manipulés pour des raisons politiques. En fait, la chute brutale des prix n’avait rien à voir avec les pressions déflationnistes, la dynamique de l’offre et de la demande ou d’autres forces mystérieuses du marché. C’était de la politique à 100 %.

L’attaque sur le rouble était tout aussi politique, bien que ses péripéties soient beaucoup plus sommaires. Il y a une interview d’Alistair Crooke qui intéressera ceux qui se demandent comment la  » domination tous azimuth » du Pentagone s’applique à la guerre financière. Selon Crooke:

« … Avec l’Ukraine, nous sommes entrés dans une nouvelle ère: Nous assistons à un conflit géostratégique de première importance qui est en réalité une guerre géo-financière entre les Etats-Unis et la Russie. Nous avons l’effondrement des prix du pétrole; nous avons les guerres de devises; nous avons le « court-circuit » artificiel – la vente à découvert – du rouble. Nous avons bien une guerre géo-financière, et la première conséquence de cette guerre géo-financière, c’est la formation d’une alliance étroite entre la Russie et la Chine.

La Chine a compris que la Russie était le premier domino; si la Russie tombe, la Chine suivra. Ces deux états sont en train de créer ensemble un système financier parallèle, détaché du système financier occidental.

Depuis quelque temps, l’ordre international est structuré autour de l’Organisation des Nations Unies et du corpus du droit international, mais l’Occident a de plus en plus tendance à contourner les Nations Unies, qui est pourtant l’institution destinée à maintenir l’ordre international, et à recourir plutôt aux sanctions économiques pour faire pression sur certains pays. Nous avons un système financier basé sur le dollar, et en se servant du fait qu’ils contrôlent toutes les transactions en dollars, les États-Unis ont réussi à contourner les vieux outils de la diplomatie et l’ONU – pour atteindre leurs objectifs.

De fait, ce monopole de la monnaie de réserve est devenu l’unique outil des Etats-Unis – jusqu’à remplacer l’action multilatérale de l’ONU. Les États-Unis revendiquent le contrôle juridique de toutes les transactions libellées en dollars partout dans le monde. Et la plupart des transactions internationales commerciales ou autres sont libellés en dollars. C’est ce qu’on appelle la financiarisation de l’ordre mondial: L’ordre international dépend davantage aujourd’hui du contrôle exercé par le Trésor américain et la Réserve fédérale que de l’ONU » (« La Turquie pourrait devenir l’otage de ISIL tout comme le Pakistan avant lui« , Today’s Zaman).

La guerre financière, la guerre asymétrique, la guerre de quatrième génération, la guerre de l’espace, la guerre de l’information, la guerre nucléaire, la guerre au laser, chimique et biologique : Les États-Unis ont élargi leur arsenal bien au-delà de la gamme traditionnelle des armes conventionnelles. Leur but, bien sûr, est de préserver l’ordre mondial post-1991 (date de la dissolution de l’Union soviétique) et de maintenir leur domination absolue. L’émergence d’un ordre mondial multipolaire dirigé par Moscou menace gravement l’hégémonie de Washington. Le premier affrontement d’importance entre ces deux visions concurrentes du monde aura probablement lieu cet été dans l’est de l’Ukraine. Que Dieu nous vienne en aide !

Note: Les Forces armées de Novorussie (NAF) tiennent actuellement 8 000 soldats de l’armée régulière ukrainienne encerclés à Debaltsevo, dans l’est de l’Ukraine. C’est très important, bien que les médias (de manière prévisible) aient pris soin de ne pas en faire de grands titres.
Des corridors d’évacuation ont été ouverts pour permettre aux civils de quitter la zone. Les combats pourraient éclater à tout moment. À l’heure actuelle, il semble qu’une bonne partie de l’armée nazie de Kiev pourrait être détruite d’un seul coup d’un seul. C’est pourquoi Merkel et Hollande ont pris l’avion pour Moscou pour discuter d’urgence avec Poutine. La paix ne les intéresse pas le moins du monde. Ce qu’iIs veulent, c’est tout simplement sauver leur armée par procuration de l’anéantissement.
Je pense que Poutine va intervenir en faveur des soldats ukrainiens, mais le commandant Zakharchenko refusera sans doute. S’il laisse ces soldats sortir du chaudron maintenant, quelle assurance a-t-il qu’ils ne seront pas de retour dans un mois ou deux avec des armes ultraperfectionnées fournies par nos va-t-en guerre du congrès et de la Maison Blanche?

Alors dîtes-moi : quel choix Zakharchenko a-t-il réellement? Si ses camarades sont tués dans de futurs combats parce qu’il a laissé l’armée de Kiev s’échapper, à qui pourra-t-il en vouloir sinon à lui-même?

Il n’y a pas de bon choix.

Source : CounterPunch

Traduction Dominique Muselet pour le Saker Francophone

 

 

 

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