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guerrre globale au terrorisme

Le quotidien Ouest France (1) accueille de temps en temps les points de vue, en première page, de personnalités politiques ou assimilées, en tout cas liées au pouvoir. C’est notamment le cas de Henri Froment-Meurice, âgé maintenant de 91 ans, présenté simplement comme « Ambassadeur de France » par le journal. Rappelons que l’homme fut effectivement ambassadeur de France au Japon dans les années 1950, directeur de l’Asie du Sud-Est au ministère des Affaires étrangères, ambassadeur en URSS de 1979 à janvier 1982, et enfin ambassadeur en République Fédérale d’Allemagne de 1982 à 1983 (2). Mais l’homme a aussi une carte de visite bien plus fournie (3). Ce n’est pas la première fois que l’homme a toute latitude pour s’exprimer dans les colonnes de Ouest-France (4), témoignant encore un peu plus des étranges collusions entretenues entre le pouvoir et nos « médias de masse ». Car le fait que ce qui suit figure en première page du premier quotidien français, tel un édito du directeur de publication, est véritablement inquiétant.

Image tirée de Courrier International

 

L’édito du 02 février 2015 du quotidien Ouest-France est une nouvelle fois rédigé par le nonagénaire ex-ambassadeur, sous forme de point de vue. Le titre annonce la couleur : «  la France en guerre permanente « . Les relents de l’après 11 Septembre et de la « guerre permanente » arrivent donc en France (5). L’auteur nous y explique que la guerre menée par ces « entités terroristes » (Al-Qaïda, Daesh-EI), qui n’entre pas dans les conflits classiques, est tout d’abord sans fin car elle « vise à détruire notre société pour la remplacer par une autre« , et que « aussi longtemps qu’elle n’aura pas atteint son but elle continuera« . Bref, le fameux « choc des civilisations » de Huntington cher aux néo-conservateurs américains (6). Tout ceci pour justifier notre engagement en faveur d’une guerre permanente contre ces entités, dans une escalade de la violence immature qui n’a jamais résolu aucun conflit. D’ailleurs la nouvelle menace (Al-Qaïda, Daesh-EI) décrite par l’auteur étant disséminée sur un certain nombre d’Etats déstabilisés (bande sahélo-saharienne, Irak, Afghanistan), il devient tout à coup extrêmement pratique de s’attaquer à tout pays qui serait susceptible d’abriter ces « terroristes ».

 

L’article souligne évidemment ensuite que « de tous les Etats européens, la France est le plus menacé« , pour les 3 raisons suivantes :

– une importante proportion de population de religion musulmane (les musulmans de France apprécieront ce qu’il convient de lire entre les lignes…)

– le fait que la France intervient déjà militairement au « Tchad / Niger / Mali pour y pourchasser des groupes terroristes »

– le fait que « la France participe avec l’Otan aux frappes contre Daesh en Irak et contre les Talibans en Afghanistan »

 

Concernant les deux dernières raisons, il suffirait effectivement de mettre fin à ces engagements, perçus logiquement de l’autre côté de ces frontières comme des agressions injustifiées, pour supprimer aussitôt ces deux bonnes raisons de vengeance de la part de ces insurgés terroristes. Il ne resterait alors plus que la première raison, qui s’effondrerait d’elle même, les quelques musulmans de France (et non-musulmans) tentés par le fameux Djihad ayant alors beaucoup moins de raisons de combattre « l’ennemi Français » puisque celui-ci se comporterait alors de façon moins injuste. Car ce sont précisément les injustices qui créent les conflits, toujours. Pour être efficace, il vaut mieux systématiquement s’attaquer aux causes plutôt qu’aux conséquences du mal.

Quand on sait comment ces groupes terroristes sont nés (7), on ne peut qu’adopter un sourire gêné. Du « bon boulot » (8) fait par les « rebelles » en Syrie, qu’on appelle terroristes quand ils se sont retournent contre leurs « maîtres », à la reconnaissance de la livraison d’armes à ces mêmes combattants (9), on voit bien que ces groupes sont fortement manipulés au gré des intérêts Occidentaux de certains Occidentaux. L’Occident a donc créé cette menace, notamment contre les Russes à l’époque de la Guerre Froide (10), et prétend maintenant lutter contre cette menace. Ne sommes pas nous là dans le cas d’une entreprise de sécurité qui créerait la menace (cambriolages, dégradations) pour ensuite venir proposer ses services de sécurisation ? Ou comment créer le marché quand on a l’offre sans qu’il existe de demande.

L’auteur suggère alors, pour répondre à la « guerre permanente », une « mobilisation permanente » : dans les écoles bien sûr pour empêcher le communautarisme de s’implanter dans les classes (et sans doute aussi pour empêcher les élèves de poser trop de questions (11) ), et par le retour d’un « service militaire minimum« . La France serait actuellement à 1.9 % de son PNB consacré à la Défense, là ou l’Otan, qui nous lie à tous les membres comme une toile d’araignée (12), impose 2 %. Mais « comment rattraper le 2 % sans […] creuser encore davantage leur déficit ? » s’interroge ensuite l’auteur, qui apporte une réponse en forme de pirouette budgétaire : « retirer du calcul du déficit budgétaire, pendant quelques années, les sommes nécessaires pour atteindre le 2 %« . Ou comment créer des budgets parallèles, occultes, sortant de tout contrôle démocratique. L’auteur prévoit d’ailleurs en fanfare qu’ « une telle mesure permettrait […] de consacrer 20 % des sommes ainsi engagées à des contrats supplémentaires pour les entreprises d’armement.  » 20 % !!!!! Ah ben voilà, on y arrive à la finalité de cette « guerre permanente » : augmenter les budgets d’armements de façon conséquente. On pourra d’ailleurs facilement prédire que le subterfuge consistant à « retirer du calcul du déficit budgétaire […] les sommes nécessaires pour atteindre le 2 %« , prévu comme temporaire, s’éternisera dans le temps puisque la guerre est maintenant « permanente » (13)

Pour conclure, et à l’intention de ceux qui n’auraient pas encore intégré que la menace terroriste permanente exige une guerre permanente, l’auteur ressort l’épouvantail du « 11 Septembre 2001 » et des « tours de Manhattan frappées par Al-Qaéda« , brandissant sans doute là la menace d’un acte d’une ampleur similaire en France. Henri Froment-Meurice est-il un visionnaire ? L’avenir nous le dira. Quoiqu’il en soit, rappelons à l’auteur que 5 ans après les événements du 11 Septembre, le FBI n’avait toujours pas réussi à démontrer l’implication formelle de Ben Laden, chef d’Al-Qaïda à l’époque, dans ces attentats (14).

…/…suite de l’article et source: Agoravox

(…)

Les guerres sans fin sont avant tout des guerres que l’on ne veut pas voir finir.

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