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image d’illustration

Par Kumaran Ira
20 janvier 2015

Des forces militaires et policières ont été mobilisées dans toute l’Europe à une échelle sans précédent le week-end dernier. Suite à l’attentat du 7 janvier contre la rédaction du magazine satirique Charlie Hebdo à Paris, les forces de sécurité continuent leur poursuite de suspects islamistes et ont arrêté des dizaines de personnes en France, en Belgique, en Allemagne, en Grèce et en Grande-Bretagne.

Samedi 17 janvier, les autorités belges ont déployé pour la première fois depuis trente ans des parachutistes pour appuyer les milliers de policiers mobilisés dans tout le pays. Ils doivent protéger les institutions juives dans la ville portuaire d’Anvers, les ambassades étrangères notamment celle des Etats-Unis et d’Israël, et les bâtiments de l’Union Européenne et de l’OTAN. Le gouvernement belge a relevé pour la première fois depuis les années 1980 le niveau général d’alerte de 2 à 3, sur une échelle de 4.

Le déploiement de forces militaires est intervenu après l’arrestation par la police belge de treize suspects appartenant à de présumées cellules terroristes djihadistes, suite au raid policier du 15 janvier à Verviers où deux suspects islamistes avaient été tués. Après douze descentes policières séparées visant des domiciles, effectuées à la suite des évènements de Verviers, les autorités belges ont affirmé qu’on avait fait échouer un « plan concret » dont l’objectif était de tuer des membres de la police belge.

« Les menaces sont très graves, plus complexes que par le passé, et l’action doit être engagée plus rapidement et plus fortement, » a dit le coordinateur du contre-terrorisme de l’UE, Gilles Kerchove au quotidien Le Soir

Samedi 17 janvier, la police grecque a annoncé qu’au moins quatre personnes étaient en garde à vue et interrogées en rapport avec le complot déjoué en Belgique.

Le 16 janvier au soir, la police française a appréhendé douze suspects, huit hommes et quatre femmes, prétendument en rapport avec l’attentat contre Charlie Hebdo. Le gouvernement du Parti socialiste a déployé plus de 15.000 militaires et policiers dans le pays.

La police allemande a détenu deux suspects à Berlin, après avoir fouillé onze locaux.

Les forces de sécurité espagnoles et néerlandaises accentuent également leur surveillance de suspects dont ceux récemment rentrés de Syrie et d’Iraq après avoir combattu dans les rangs de l’Etat islamique en Iraq et en Syrie (EI).

Les élites dirigeantes de toute l’Europe exploitent l’attentat contre Charlie Hebdo pour imposer des mesures renforcées d’Etat policier, préparées depuis longtemps. La semaine dernière, le premier ministre français Manuel Valls a proposé de réviser la loi de 2013 sur la surveillance qui permet aux officiers de renseignement de contrôler courriers électroniques, appels téléphoniques, données de localisation et la surveillance d’Internet.

En Grande-Bretagne, le premier ministre David Cameron a demandé la mise en œuvre d’un projet de loi sur les communications, surnommé la « charte du fouineur », donnant aux services de renseignements britanniques le pouvoir d’accéder aux communications encodées.

L’impérialisme européen exploite la retombée de ses guerres sanguinaires à l’étranger pour justifier des mesures d’Etat policier et accélérer la militarisation de la société.

Tant que les recrues des islamistes fonctionaient comme des forces qui faisaient, par procuration, les guerres de changement de régime de l’OTAN en Syrie et ailleurs dans le monde arabe, les gouvernements européens les ont soutenues avec des armes et de l’argent. Ces gouvernements ont permis à leurs citoyens de voyager en Syrie et d’y apprendre comment mener des attaques et des attentats terroristes contre le régime du président Bachar al-Assad. Alors que des centaines d’entre eux partaient depuis les principaux pays européens pour aller se battre, les services de renseignements européens suivaient de près les suspects appartenant aux divers groupes djihadistes syriens.

Selon des responsables belges, jusqu’à 350 ressortissants pour la seule Belgique sont allés se battre en Syrie et en Irak, le chiffre le plus élevé en Europe par rapport à la population. « Environ une centaine sont rentrés, et sont surveillés par les services de renseignement, » a dit le ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre belge Jan Jambon à la BBC.

Les auteurs de l’attentat contre Charlie Hebdo étaient eux aussi surveillés par les services de renseignement français, britanniques et américains avant de passer à l’acte.

Mais quand les combattants islamistes rentrent en Europe, ils commettent des attentats sous le nez des services de renseignement; on s’en saisi pour renforcer les pouvoirs répressifs de l’Etat au moment où la colère et la désaffection de la classe ouvrière vis-à-vis de la politique d’austérité et de guerre de l’Union européenne atteint des niveaux record.

L’ambiance réactionnaire créée par les médias et les autorités en Europe porte aussi à ébullition les tensions raciales. Depuis l’attentat contre Charlie Hebdo, alors que l’Etat et les médias attisent le racisme antimusulman, les violences contre la population musulmane en France ont augmenté considérablement.

Mercredi dernier, un Marocain de 47 ans, Mohamed El Makouli, a été poignardé devant sa femme par un voisin violent dans le village de Beaucet, près d’Avignon. L’attaquant, âgé de 28 ans, a forcé la porte d’entrée de sa maison et a crié: « Je suis ton Dieu, je suis ton Islam, » avant de le frapper dix-sept fois et de le tuer.

C’est la dernière d’une série de plus de cinquante agressions antimusulmanes depuis l’attentat contre Charlie Hebdo. Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri, a cité des chiffres du ministère de l’Intérieur qui montrent que « 54 actes antimusulmans ont été comptabilisés depuis mercredi, qui se ventilent en 21 ‘actions’ (tirs de pistolet à grenaille dans l’Aude, grenades à plâtre au Mans, explosion dans un kebab jouxtant une mosquée dans le Rhône…) et 33 ‘menaces’ (insultes notamment). »

Il a ajouté: « Ce décompte ne comprend pas Paris et sa petite couronne, ni le début d’incendie survenu dimanche soir sur le site de la mosquée en construction de Poitiers. »

La publication de nouvelles caricatures racistes se moquant du Prophète Mahomet dans le dernier numéro de Charlie Hebdo a déclenché l’indignation et les protestations dans de nombreux pays musulmans.

Des manifestations contre Charlie Hebdo ont eu lieu à travers l’Afrique occidentale et du nord, déjà dévastée par les guerres impérialistes en Libye et au Mali et une crise sociale grandissante. Des manifestations contre les dernières caricatures de Charlie Hebdo ont eu lieu dans les capitales du Niger, du Mali, du Sénégal, de la Mauritanie et de l’Algérie – tous d’anciennes colonies françaises.

Au moins dix personnes ont été tuées au cours de deux journées de manifestations violentes contre les caricatures du Prophète Mahomet au Niger. L’AFP cite ainsi le président nigérien Mahamadou Issoufou, « A Niamey, le chiffre est cinq morts, tous civils ». Il a ajouté que le nombre des morts, la veille, à Zinder, la deuxième ville du Niger, était passé de quatre à cinq.

Selon Al Jazeera, « La police a lancé des gaz lacrymogènes contre une foule de jeunes qui lançaient des pierres et qui ont mis le feu à au moins six églises et ont pillé des magasins à Niamey samedi après que les autorités ont interdit une réunion appelée par des dirigeants islamiques locaux. Un commissariat de police a été attaqué et au moins deux voitures de police ont été incendiées. »

A Alger, la capitale algérienne, plusieurs policiers ont été blessés pendant des heurts avec des manifestants indignés par les caricatures.

(Article original publié le 19 janvier 2015)

source: WSWS

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