Comment Goldman Sachs contrôle la Fed de New York

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Carmen Segarra
Carmen Segarra

Il y a près d’un an, nous avons signalé l’affaire du « lanceur d’alerte de Goldman Sachs » à la Federal Reserve Bank de New York, Carmen Segarra, qui prétendait avoir été injustement congédiée après avoir signalé de « si nombreux conflits d’intérêts et manquements à la déontologie envers les clients [impliquant Goldman] qu’elle croyait justifié un abaissement de la note donnée par les organismes de régulations à Goldman ». Elle avait été ignorée en raison de l’intime proximité, largement documentée dans ces pages, entre Goldman et Stephen Friedman, qui fut une jadis président de la Fed de New York et ancien directeur de Goldman, aussi bien que Bill Dudley, actuel président de la Fed de New York et ancien employé de Goldman. Nous avons alors écrit ce qui suit :

« Comme chacun le sait, Bill Dudley et Stephen Friedman sont tous deux des anciens employés de Goldman, et, ainsi que nous l’avons indiqué, Bill Dudley et Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman, se réunissent toujours régulièrement pour discuter des « événements » à Pound and Pense (NdT : un restaurant huppé de New York).

Ainsi, bien que ses allégations soient encore non établies, et que sa requête pour licenciement abusif ait été finalement rejetée, cela donne l’espoir d’ouverture d’une enquête sur la relation étroite entre Goldman et la Fed de New York. Hélas, puisque le pouvoir judiciaire est également sous le contrôle des deux entités mentionnées ci-dessus, nous en doutons fortement. ».

Il avait de l’espoir, mais comme nous l’avons dit, nous doutions que cela nous menât très loin. Cela a effectivement été le cas : en avril, la Fed de New York a obtenu le rejet de la plainte :

« Le juge de district de Manhattan Ronnie Abrams a jugé que l’impossibilité pour l’ancienne contrôleuse Carmen Segarra, de lier son licenciement de la Fed aux divulgations qu’elle a faite a été fatal à son procès de lanceur d’alerte. Abrams a également déclaré que Segarra ne pouvait pas modifier la demande initiale de son procès.

Le Congrès doit protéger les employés des agences bancaires… qui affirment de manière établie qu’ils ont subi des représailles pour avoir fourni des informations concernant une possible violation des « lois ou règlements », écrit le juge. « Mais la plaignante n’est pas dans ce cas.

Les révélations de Segarra sur les conflits d’intérêt de Goldman montrent que la banque n’a simplement violé qu’une « lettre d’avertissement» n’ayant pas force de loi, et ne lui donne donc pas droit à la protection envers les lanceurs d’alerte, selon la loi fédérale, a conclu Abrams. »

Le fait que le juge de l’affaire était en conflit d’intérêt, à cause d’une relation de proximité avec Goldman, laquelle était représentée par son mari, également avocat, était clairement « non pertinente » :

« Dans son jugement de mercredi, Abrams a également rejeté une tentative faite par Stengle pour obtenir davantage de précisions de la part de la juge à propos de la relation de son mari avec Goldman Sachs. Abrams a dit, le 3 avril qu’elle venait juste d’apprendre que son mari, Greg Andres, associé chez Davis Polk & Wardwell, représentait Goldman à titre consultatif.

Stengle a dit à l’époque qu’elle ne rechercherait pas la récusation d’Abrams, a dit la juge, et, le lendemain, les plaidoiries orales des accusés tendant à voir classer l’affaire ont continué comme prévu.

Mais, le 11 avril, Stengle fit une demande écrite en vue d’obtenir une « révélation plus complète » au sujet de la relation entre Goldman et Andres ainsi qu’au sujet de la relation de travail d’Abrams elle-même avec un des avocats de la défense.

Abrams a dit que c’était trop tard, étant donné que d’ici là Segarra aurait eu l’occasion de « voir la colère de la cour» et peut-être anticiper qu’elle perdrait, à moins qu’Abrams ne se récusât. «Le timing des demandes de la plaignante suggère qu’elle se livre précisément au genre de « choix du juge » contre lequel le 2eme circuit a mis en garde, a écrit Abrams, en se référant à la cour d’appel fédérale de New York. « Cette tentative de s’engager dans de telles tactiques judiciaires est une atteinte aux fondements même de notre système judiciaire. » »

On ne sait s’il faut en rire ou pleurer, car cette déclaration ne fait que confirmer ce que nous disions il y a un an, à savoir que « le pouvoir judiciaire est également sous le contrôle des deux entités mentionnées ci-dessus, c’est à dire la Fed de New York et Goldman ».

De toute façon, le cas Segarra a disparu de la scène publique, et a été rapidement oublié par des médias, tout aussi corrompus; il a donc été aussi oublié par le public.

Tout au moins jusqu’à ce matin, quand Jake Bernstein de ProPublica a révélé quelque chose de tout à fait étonnant : « Segarra possède 46 heures d’enregistrements secrets pour renforcer son dossier sur ce qui se passait chez Goldman et ses patrons ».

« En partenariat avec This American Life, Bernstein étudie ces bandes, qui dépeignent une Fed de New York qui est parfois réticente à s’engager contre Goldman, et qui lutte pour assoir son autorité. Par exemple, dans une réunion enregistrée la semaine qui précédait le licenciement de Segarra, son patron lui a demandé au moins sept fois de changer la conclusion disant que Goldman ne respectait pas les règles de gestion de conflits d’intérêts, en joutant : «Pourquoi avez-vous besoin de dire cela ? »

L’histoire complète ProPublica peut être trouvée ici.

Et pour ceux dont le temps est compté, et qui voudraient juste lire les billets de Cliff (la fin devrait être connue de tous, à présent), voici un article de Michael Lewis dans Bloomberg, qui résume cette farce sous contrôle des banquiers, auxquels l’ensemble du système des États-Unis s’est soumis :

« Les enregistrements secrets de Goldman Sachs »

La plupart des gens seraient probablement d’accord sur le fait que les gens payés par le gouvernement des États-Unis ont des difficultés à réglementer Wall Street. Ils seraient aussi probablement d’accord sur deux raisons qui expliquent ces difficultés grandissantes :

  • un système financier de plus en plus complexe, auquel les régulateurs doivent être formés par… les financiers, ceux-là mêmes qui ont créé cette complexité.
  • La pratique de plus en plus fréquente chez les régulateurs de quitter leur emplois au gouvernement pour un emploi bien mieux rémunéré dans les banques mêmes qu’ils étaient censés réglementer. Les régulateurs de Wall Street sont des gens qui sont payés par Wall Street pour accepter les explications de Wall Street elle-même, et qui n’ont pas toujours les compétences suffisantes pour contrer ces explications.

Notre système de réglementation financière est visiblement dysfonctionnel. Mais parce que le sujet est pénible et que les détails en sont compliqués, alors le public n’y prête pas beaucoup d’attention.

Cela peut très bien changer aujourd’hui, car, ce vendredi 26 septembre, le programme de radio This American Life va diffuser une histoire à couper le souffle sur la régulation de Wall Street, et le public n’aura aucune difficulté à la comprendre.

Le journaliste, Jake Bernstein, a obtenu 47 heures ½ d’enregistrements audio, faits en secret par un employé de la Réserve fédérale, sur des conversations au sein de la Fed et entre la Fed et Goldman Sachs. La vidéo Ray Rice pour le secteur financier est arrivée. (NdT : Vidéo ayant prouvé la culpabilité d’un footballeur vedette américain)

Tout d’abord, sur le fond de l’affaire (dont vous pouvez aussi bien prendre connaissance en écoutant l’émission d’aujourd’hui). Après la crise financière de 2008, la Fed de New York, le principal régulateur bancaire américain, a commandé elle-même une étude. Cette étude, que la Fed avait également l’intention de garder pour elle, a essayé de comprendre pourquoi ladite Fed n’avait pas repéré le comportement insensé et destructeur à l’intérieur des grandes banques, ni cherché à l’arrêter avant qu’il ne soit hors de contrôle. Le « premier jet de discussions » de l’étude interne de la Fed, dirigée par un professeur de la Columbia Business School et ancien banquier du nom de David Beim, a été envoyé à la Fed le 18 août 2009.

C’est un document extraordinaire. Il n’y a pas assez de place ici pour lui rendre justice, mais l’essentiel en est :la Fed n’a pas réussi à réglementer les banques, car elle n’a pas encouragé ses employés à poser les bonnes questions, à exprimer leurs opinions ou à signaler les problèmes.

Tout au contraire, la Fed encourage ses employés à garder la tête basse, à obéir à leurs managers et à apaiser les banques. Cela veut dire que les régulateurs bancaires n’ont pas réussi à faire correctement leur travail non pas parce qu’ils n’avaient pas les outils pour le faire mais parce qu’ils ont été dissuadés de les utiliser.

Le rapport cite des employés de la Fed disant des choses comme, « jusqu’à ce que je sache ce que mon patron en pense, je ne peux rien vous dire », et « personne ne se sent individuellement responsable des erreurs de la crise financière, parce qu’elles sont l’objet d’un consensus ». Beim fut lui-même surpris de constater que ce qu’il pensait être une enquête sur un échec financier était en fait l’histoire d’un échec culturel.

Tout responsable de la Fed qui a lu le rapport Beim, et qui voudrait corriger son institution, ou simplement se protéger, serait instantanément porté à embaucher des gens volontaires, indépendants d’esprit, prêts à dire ce qu’ils pensent, et à les lâcher sur notre secteur financier. La Fed ne semble pas avoir fait cela, du moins pas intentionnellement. Mais, fin 2011, alors que ces gestionnaires de la Fed embauchaient des contrôleurs pour assurer la surveillance des banques qui leur avait été confiée par la loi Dodd-Frank, ils recrutèrent une femme de forte volonté, à l’esprit indépendant, nommée Carmen Segarra.

Je n’ai jamais rencontré Segarra, mais elle apparait dans l’émission comme un sympathique mélange de bonne humeur et de principes. This American Life a également interrogé des personnes qui avaient travaillé avec elle avant son arrivée à la Fed, et qui la décrivent comme intelligente, même si elle est parfois brusque, sans toutefois jamais se montrer non professionnelle. Elle est visiblement brillante et curieuse, parle quatre langues, est diplômée de Harvard, Cornell et Columbia. Elle est également apparemment bien informée : avant de venir travailler à la Fed, elle a travaillé directement, et avec succès, pour les services juridiques et de conformité de grandes banques. Elle n’a travaillé pour la Fed après la crise financière, dit-elle, que parce qu’elle pensait avoir la capacité d’aider la Fed à corriger le système.

…/… suite de l’article et source:

Tyler Durden / Zero Hedge
Traduit par Wayan pour vineyardsaker.fr

Source : How Goldman Controls The New York Fed: 47.5 Hours Of « The Secret Goldman Sachs Tapes » Explain (zerohedge.com, anglais, 26-09-2014)


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