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Pourquoi nous ne sommes pas libres

Le pire ennemi de la démocratie aujourd’hui ? Notre propension à servir.
Le souci d’indépendance et d’autonomie ne semble, en effet, plus tourmenter la majorité de nos concitoyens, plus fiers de choisir les mandataires qui décideront à leur place du comment vivre ensemble, que de s’investir eux-mêmes directement. Les électeurs s’imaginent même ainsi que servir c’est gouverner. Se contentant de sélectionner une poignée de représentants, ils se figurent que l’essence de leur « démocratie » se niche dans l’acte électoral. Dans leurs âmes charitables, déléguer un pouvoir reviendrait à le partager.
L’endoctrinement de nos consciences n’a certes pas encore atteint le niveau de conditionnement hypnopédique du Meilleur des mondes, mais on peut néanmoins constater que ce que nous exprimons procède d’une propagande désormais infaillible. Un formatage en masse et en règle produisant des esprits se croyant libres dans un monde qui ne l’est pas…

Bienvenue en diktacratie !

Ici, on peut toujours montrer son désaccord, créer sa dissidence ou imposer son parti, tant que ça n’ébranle pas le système en place. De la sorte, il s’agit de liberté formelle, car un gouvernement diktacratique ne peut tolérer ce qui le mettrait véritablement en péril. Il n’y a de liberté réelle que dans la mesure où nous pouvons abolir le régime à qui l’on reproche son injustice, sa corruption, sa ruse,…sa dictature ! Ainsi nos diktacraties mettent tout en œuvre pour que nous n’ayons aucunes préoccupations révolutionnaires. Elles engraissent alors les rouages de nos servitudes jusqu’à ce que nous en jouissions conformément.
Aussi, nous érigeons des substituts promettant toujours plus de promotions et de conforts dans un monde où le désir de consommer à supplanter celui de s’émanciper. A l’image de notre Occident repu, où malgré diverses crises, la misère et l’exploitation des salariés se sont quelque peu émoussées. Ne pouvons-nous pas en grande majorité accéder aujourd’hui à cette généreuse société de consommation ?
Loisirs et médias de masse ont uniformisé nos instincts au point que nous nous sentons libres parce que nous aspirons tous à un bonheur pour lequel nous avons été conditionnés. Un hédonisme libertaro-liberal satisfaisant d’autant plus nos libidos consuméristes qu’il endort notre raison citoyenne.

Une liberté asservissante

En diktacratie, le vocabulaire participe activement à la propagande : certains mots peuvent opportunément signifier leur contraire. Ainsi nos servitudes deviennent libertés. Liberté formelle, désincarnée édulcorant nos livres d’histoire ; liberté opiacées, à paillette, que l’on enchante inlassablement en vitrine, enivrant de la sorte un public toujours plus disposé à servir.
On a décliné le mot « liberté » jusqu’à le travestir au point de le dénaturer littéralement. Que l’on soit libertin, libertaire ou libéral – que les mœurs, le pouvoir ou le marché s’émancipent -, il n’en demeure pas moins que ces affranchissements s’effectuent toujours, et de prime abord, à titre individuel.
En définitive le gène de la servitude couve dans cette liberté défroquée où domine la jouissance de chacun, au point que plus nous luttons pour cette liberté, moins nous nous libérons.

De par notre nature nous nous efforçons à rendre notre existence agréable. C’est pourquoi nous écartons ce qui est nuisible au profit de ce qui est bénéfique. Mais en grande majorité nous ne consultons l’expérience, ni n’exerçons notre raison pour nous épanouir. Obnubilés par nos passions, nos affaires, nos névroses, nos orgueils ou nos paresses nous trouvons toujours plus commode de nous laisser entraîner par l’autorité, les médias et les idées reçues. C’est le prix de notre confort fictif, revers de notre ignorance, et donc de notre servitude.
Nous accordons ainsi une confiance, au mieux indignée, au pire aveugle, à ceux qui s’arrogent le droit de penser et d’agir à notre place.
Loin des colères révolutionnaires, ne reste alors pour la majorité d’entre nous qu’une obsession : posséder plus pour être plus. L’esclave consent de cette façon au piège assurant l’être et la durée de son esclavage. Qui pour ne pas vouloir aujourd’hui consommer ce qui pourrait contribuer à sa réussite ?
Mais ce confort est illusoire, car son désir est insatiable. C’est d’ailleurs dans ce manque endémique que se cache le génome de notre servitude. Pendant qu’on s’obstine inexorablement à combler cette avidité, on en oublie l’essentiel. En effet, à quoi bon désormais s’enquérir de liberté puisqu’elle ne nous manque plus, puisque nous croyons déjà la posséder, et puisque tant d’autres choses superflues semblent désormais absolument nécessaires… La liberté, pour quoi faire ?
On comprend mieux désormais comment la lutte des classes s’est déclinée en compétition consumériste uniformisant notre bonheur. Un bonheur semblant donc promis à celui qui possédera le plus. Mais un bonheur d’esclave puisque la liberté ne se possède ni se consomme.
Elle se partage et se cultive.

Pas de liberté sans égalité

A voir comment nous nous laissons diriger sans broncher par des rhéteurs cupides et corrompus, ou comment notre pouvoir d’achat détermine nos désirs, on peut douter de l’imminence d’une révolution démocratique. Et pourtant la masse n’est pas condamnée à se soumettre indéfiniment. Il y a, en effet, un moyen de rallumer la flamme qui animerait le peuple vers un monde moins injuste et apathique : un pouvoir plus égalitaire incitant les hommes à moins de corruption par l’abolition relative des privilèges – ceux dont abusent nos oligarques et que miroitent nos parvenus, formatés par la propagande ambiante.
Les fondements de ce pouvoir partagé se logent donc dans l’équité. La liberté – celle qui conjugue autonomie, indépendance et souveraineté – ne peut s’élaborer ainsi qu’à partir de l’égalité sociale.
Une égalité qui fait actuellement cruellement défaut quand on se heurte à cette misère sous cartons dans nos mégalopoles, quand on croise ces ministres avec chauffeur, fiers comme des monarques, ou quand on entend ces artistes bourgeois prêcher la tolérance…

Nous revendiquons une égalité qui serait en définitive la seule condition de possibilité de notre liberté. Une égalité à la fois rouage et garantie d’une union horizontale et d’un pouvoir populaire seuls capables de répondre dûment aux intérêts communs d’une société. La démocratie directe demeure ainsi le seul régime certifiant la liberté des hommes en collectivité. Autrement dit : la liberté pour chacun de pouvoir agir concrètement pour changer les choses en fonction des besoins de tous – sans recourir à un représentant ou un substitut, toujours plus enclin à préserver son pouvoir qu’à le partager. A la manière, par exemple, d’un Trotski qui ordonna le massacre de Kronstadt – dernière cité où la liberté fut le fruit d’émancipations individuelles s’exprimant égalitairement jusqu’à incarner l’essence collective d’une démocratie radicale.

[Texte extrait du livre Démocratie radicale contre diktacratie]

source: http://diktacratie.com/pourquoi-nous-ne-sommes-pas-libres/

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