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Paul Kagame (au centre), entouré de la première... (PHOTO SIMON MAINA, AFP)
Agence France-Presse
Kigali

Le président rwandais Paul Kagame s’en est pris lundi, lors des commémorations du génocide de 1994 dans son pays, de façon à peine voilée à la France sur son rôle toujours controversé durant les massacres.

«Les gens ne peuvent être soudoyés ou forcés de changer leur histoire. Aucun pays n’est assez puissant – même s’il pense l’être – pour changer les faits», a déclaré en anglais le président rwandais avant de lancer, en français, «après tout les faits sont têtus», déclenchant les acclamations des 30 000 spectateurs rassemblés au Stade Amaharo de Kigali.

Immédiatement avant, il avait estimé qu’il n’existait «aucune justification à établir des parallèles soi-disant moraux, le temps écoulé ne doit pas occulter les faits, amoindrir les responsabilités ou transformer les victimes en méchants», faisant apparemment référence aux sévères critiques dirigées récemment contre Kigali par jusqu’à ses plus proches alliés, États-Unis en tête.

Paris avait initialement annulé sa participation aux cérémonies, après que M. Kagame eut à nouveau accusé ce weekend la France, alliée en 1994 du régime Habyarimana et dont le rôle dans les massacres qui ont fait 800 000 morts en une centaine de jours reste controversé, d’avoir pris une part active au génocide.

Dimanche soir, Paris avait finalement indiqué qu’il serait représenté aux commémorations par son ambassadeur à Kigali, Michel Flesch, mais celui-ci a annoncé que les autorités rwandaises lui avaient retiré dimanche l’accréditation lui permettant d’assister aux cérémonies officielles. Elles lui avaient aussi indiqué qu’il ne pourrait se rendre au mémorial de Gisozi, dans la capitale rwandaise, pour y déposer une gerbe.

Cet anniversaire représente un important enjeu diplomatique pour Kigali, qui a longtemps bénéficié sur le plan diplomatique du sentiment de culpabilité de la communauté internationale, restée inerte face aux massacres.

Mais les autorités rwandaises ont récemment été accusées – par l’ONU et Washington – de déstabiliser l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et d’être impliquées dans les meurtres ou tentatives de meurtre de dissidents rwandais réfugiés en Afrique du Sud.

«Ceux qui pensent que le Rwanda ou l’Afrique ont encore besoin de leur approbation pour être gouvernés comme il se doit par leurs peuples, par les dirigeants que leurs peuples ont choisis, vivent toujours dans un passé révolu», a-t-il lancé, répondant apparemment aux critiques sur l’autoritarisme supposé de son gouvernement.

L’opération «Turquoise» et l’humanitaire

Un ex-officier français engagé en 1994 au Rwanda a affirmé lundi que l’opération militaire française «Turquoise» lancée alors par la France sous mandat de l’ONU pour tenter de mettre fin aux massacres dans le pays n’avait eu que tardivement un caractère humanitaire.

«Nous ne sommes pas partis pour une mission humanitaire, nous sommes partis pour une mission d’intervention militaire très classique en Afrique de l’époque où la France cherchait à imposer sa solution de paix», a jugé Guillaume Ancel, à l’époque capitaine de 28 ans, interrogé par la radio France Culture.

Ces déclarations interviennent le jour de la commémoration du 20e anniversaire du génocide de 1994, marquée par une nouvelle crise entre la France et le Rwanda, le président Paul Kagame ayant à nouveau accusé Paris d’avoir pris une part active dans les massacres.

«Je suis parti avec l’ordre d’opération de préparer un raid terrestre sur Kigali (…). Quand on fait un raid sur Kigali, c’est pour remettre au pouvoir le gouvernement qu’on soutient», a poursuivi Guillaume Ancel, qui était spécialisé dans le guidage des frappes aériennes.

L’ex-militaire affirme avoir ensuite reçu, entre le 29 juin et le 1er juillet, un autre ordre, qui «était d’arrêter par la force l’avancée des soldats du FPR», le Front patriotique rwandais, l’ex-rebellion tutsie aujourd’hui au pouvoir au Rwanda.

Suivi vite d’un contre-ordre : «On nous a annoncé qu’en fait on avait trouvé un accord avec le FPR et que nous allions protéger une zone humanitaire», affirme Guillaume Ancel, qui a quitté l’armée en 2005 avec le grade de lieutenant-colonel.

Selon lui, la France aurait ensuite continué à soutenir le gouvernement génocidaire rwandais et son armée en rendant vers la mi-juillet 1994 «à ce qui restait des forces armées rwandaises, les dizaines de milliers d’armes» confisquées par les militaires français dans la zone humanitaire.

«On a clairement été à l’origine d’une continuation des combats qui a duré pendant des années», a-t-il aussi affirmé en référence aux activités des soldats et miliciens hutus réfugiés dans la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre l’époque) voisine.

Lancée le 22 juin 1994, «Turquoise» avait comme objectif officiel de protéger les populations menacées par le génocide et le conflit entre les forces du gouvernement rwandais, essentiellement hutu, et FPR, majoritairement tutsi.

En 2010, un ancien sous-officier de gendarmerie, membre des forces spéciales déployées au Rwanda en 1994, avait témoigné dans la presse sur «Turquoise» et exprimé son trouble sur cette opération.

source: lapresse.ca

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