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Au lendemain du 1er tour des dernières municipales, l’ultra-bourgeoise NKM s’était félicitée de son score temporairement supérieur à celui de sa rivale, en remerciant particulièrement de leur vote les parisiens « libres et rebelles ». Un comble.
Personne ne scelle mieux ses chaînes que celui qui désigne ses maîtres, et de fait, chers électeurs, dans notre belle République, les présidents, les députés et les maires ne le deviennent que grâce au renoncement de votre souveraineté.
Alors gratifier ses électeurs de dissidents et de libertaires n’a absolument aucun sens, si ce n’est de révéler l’imposture de l’entremetteuse ou de créer le désarroi parmi un peuple d’autant plus égaré, qu’il en est venu à se réjouir de servir et de déléguer.
Déjà, si nous étions vraiment libres, de telles flagorneries auraient mis le feu aux poudres et auraient déclenché une vraie rébellion ! Pas celle qui se contente de s’indigner, mais celle qui refuse, qui dit non, qui s’empêche. Celle qui lutte contre ces proxénètes faisant de notre démocratie un simulacre.

Mais dans un système où nous sommes le produit de déterminismes irréversibles, comment vaincre la fatalité qui fait de nous au mieux des aliénés volontaires, au pire des opprimés rétifs ? Comment s’affranchir de cette soumission à laquelle nous consentons à force de tolérer toujours plus les caprices et diktats de nos dirigeants ?
Sommes-nous condamnés à composer avec un sort impossible à conjurer, et astreints à végéter dans un monde qui ne nous laisse aucun choix ?
Les plus philosophes nous enseignent que dans l’estime de cette fatalité se niche notre salut. On se console comme on peut ! Mais, il faut vraiment tout l’orgueil d’un sage pour ériger de la sérénité, de la quiétude et même de la joie, là où il n’y a que servitude. Qu’est ce que l’ataraxie stoïcienne ou épicurienne, la béatitude spinoziste et l’amor fati nietzschéen sinon une soumission à l’inévitable ? Le pire c’est que dans cette perspective métaphysique tout est permis. On peut ainsi, la conscience désinvolte et par delà tout cynisme, à la manière d’un Sade ou même de nos politicards démagos, s’isoler dans un monde sans morale – car sans buts -, et survivre au bon loisir de ses convoitises, aussi singulières et égotistes puissent-elles être…

Ne peut-on se sauver d’un naufrage?

Mais alors, me direz-vous, puisque la liberté n’est que soumission consentie, et la rébellion colère vaine, puisqu’on ne peut échapper à son destin, pourquoi chercher à désobéir aux lois qui font immanquablement le monde comme il est ? N’y aurait-il aucun chemin permettant de bouleverser la donne ?
Prendre conscience de ce rouage fatal, par exemple, ne favoriserait-il pas d’envisager notre existence autrement ? Il est certes impossible d’agir sur un monde qu’on ne fait qu’éprouver et subir, mais en distinguant préalablement ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas, ne pourrions-nous pas alors appréhender ce sur quoi nous pouvons agir ?
La liberté n’est pas une fiction et doit se dégager de son carcan idéal pour s’incarner, car elle n’existe que lorsqu’elle est conquise par l’action. Penser la liberté, oui dans un premier temps, mais toujours dans la perspective de produire des effets dans le réel.
En définitive nous ne faisons qu’expérimenter le monde, et la pratique souveraine de ce réel ne se fera qu’au prix d’un discernement conforme préliminaire.

En outre, si nous pouvons agir, c’est-à-dire exercer un pouvoir sur le réel, pourquoi toujours le faire en comblant d’emblée notre intérêt particulier et non pas l’intérêt général ? L’Histoire des hommes en témoigne, s’il y a bien un mal nous empêchant d’agir en vertu des autres, il n’est pas le produit de circonstances extérieures, mais provient bien de nous-mêmes. S’émanciper c’est avant tout ne pas consentir au pouvoir de l’autre : une détermination nous étant propre et motivant notre refus de donner au pouvoir ce qu’on lui donne habituellement pour être. Un geste essentiel consistant à s’affranchir de cette passivité qui aime à collaborer…
De Spartacus à Makhno, en passant par Toussaint Louverture ou Zapata, certains ont, souvent au péril de leur vie, incarné cette volonté de ne plus servir pour agir plus librement en conséquence.
A nous désormais d’œuvrer à une révolution qui ne se contente pas de garder le pouvoir en changeant juste ceux qui l’exercent. Une révolte occasionnant donc un gouvernement plus égalitaire, aux exigences plus coopératives, mutualistes et fédératives. En bref une démocratie plus radicale, seule garantie de la bonne société elle-même en action.

Une insoumission génératrice d’indépendance et d’autonomie serait ainsi préférable à l’espérance d’un grand soir, ou l’attente d’un chambardement exogène. N’en déplaise aux marxistes qui présageaient une révolution remplaçant la propriété privée des moyens de productions par une appropriation collective, le tout modifiant conséquemment notre façon de penser et donc d’agir. Mais, et personne ne peut le nier, le communisme escompté pour suppléer l’impérieux capitalisme s’altéra rapidement en dictature de l’avant-garde éclairée du prolétariat, trahissant ainsi toutes les résolutions initiales d’un pouvoir plus égalitaire.
On ne réforme pas l’économie avec pour objectif de changer l’homme, mais on change l’homme pour qu’il transforme ensuite l’économie en la mettant alors, non plus au service du capital et des possédants, mais à celui du peuple.

source: diktacratie.com

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