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UNE BLAGUE BELGE, un Hoax?         cliquez dessus:carte europe belge

« Macaronis qui aiment le foot » pour l’Italie, « Les voleurs » pour l’Algérie ou encore « Mafia » pour la Russie. Voilà quelques-uns des stéréotypes repris sur cette carte du monde publiée, mardi, sur la page Facebook d' »Enseignons.be ». Une carte du monde, volontairement provocatrice, ayant pour objectifs « de dénoncer les stéréotypes et les préjugés » et de servir d’outil pédagogique aux professeurs, selon Jonathan Fischbach, président administrateur de l’asbl. Un outil qualifié d' »utile » également par Patrick Charlier, le président du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme. Mais ce dernier parle aussi d' »erreur ». Jonathan Fischbach et Patrick Charlier étaient les invités de notre chat ce jeudi midi.

« L’artiste a réalisé cette œuvre pour dénoncer les stéréotypes et les préjugés et mettre le spectateur face à ces représentations mentales. On a trouvé amusant de jouer là-dessus, de faire un peu d’éducation et de proposer un outil pour les enseignants qui leur permettrait d’aborder en classe les notions de stéréotypes et les préjugés », a expliqué Jonathan Fischbach en réponse aux nombreuses critiques. Sur la page Facebook de l’asbl, on compte déjà près de 400 commentaires.

De son côté, si Patrick Charlier affirme que la carte elle-même ne pose pas de problème et parle d’« outil utile pour travailler en milieu scolaire », il regrette le manque de contextualisation lors de sa publication sur Facebook. Il parle même d’« erreur ».

Une carte déjà utilisée depuis plus de 2 ans dans les écoles

Invité dans notre chat, Jonathan Fischbach a tenue à préciser ceci : « Depuis plus de dix ans, Enseignons.be fait confiance aux enseignants pour s’approprier les outils qu’ils jugeront les plus pertinents dans le cadre de leur cours. Cette œuvre circule depuis plus de deux ans sur le web et les réseaux sociaux. Des enseignants l’utilisent dans leur classe dans le cadre du cours de géographie, de religion ou de morale. C’est donc un média éprouvé et qui est utile à ceux qui veulent déconstruire les stéréotypes avec des ados (à partir de la 3ème année du secondaire en général). Une récente étude américaine a mis en lumière que des milliers de petits Américains pensaient encore que le soleil tourne autour de la Terre. Nous avons choisi d’en rire et de rappeler qu’il existait un outil pertinent (mais chaque enseignant jugera) bon pour travailler les représentations mentales. A la suite de cette image, nous avons publié une très belle séquence pour aborder la question de la xénophobie et de l’intolérance… Il faut donner des outils pour comprendre l’œuvre ».

« Il faut aussi s’interroger », précise-t-il, « quel était le but de l’artiste ? Ici, il veut interroger le spectateur, le toucher, le faire réfléchir. C’était notre but aussi. C’est réussi puisqu’on en parle. Mais je répète que ce document est ‘vieux’ et déjà utilisé depuis longtemps, avec succès dans les écoles ».

« L’artiste a réalisé une mappemonde complète…visible sur son site, et partagée. Il y a un travail de recherche. On se focalise, à tort, sur ses représentations de l’Afrique du Nord. Mais je pense que chaque population en prend pour son grade et est mise devant ses préjugés. Quand 10 millions de Français votent pour Marine Le Pen, en tant que professeur, je suis interpellé… et je suis heureux de retrouver ce cliché (et c’est un cliché car tous les Français ne votent pas Le Pen) sur cette carte », ajoute-t-il encore.

Et de conclure : « Notre philosophie est la même depuis dix ans : partir du terrain avec les enseignants et voir comment ils s’approprient les outils. Certains profs de morale lisent des extraits de mein kampf en classe, pour attirer l’attention de leurs jeunes adultes sur les dangers du racisme (au sens scientifique du terme)… pourquoi pas si c’est bien préparé ? « .

Un manque de contextualisation

« En soi cette carte peut être un outil pédagogique intéressant pour sensibiliser les élèves aux préjugés, aux stéréotypes que nous avons tous. On peut regretter qu’il ait d’abord été lancé sans contexte et qu’il était donc possible d’en faire une lecture au premier degré », explique pour sa part Patrick Charlier du Centre d’égalité des chances.

« La carte est d’abord présentée comme une œuvre artistique. A ce titre, la provocation, l’excès, l’outrance sont permis. Mais à nouveau, si on veut l’utiliser dans un autre contexte, il faut bien cadrer les choses. Cette carte, toute seule va renforcer les stéréotypes », dit-il.

« Il faut aussi dire que cette carte n’est pas nécessairement très fine, ni de très bon goût. Mais on ne peut pas interdire le mauvais goût non plus. Certains stéréotypes sont d’ailleurs plus sympathiques que d’autres. ‘Bouffeurs de grenouilles’ ou ‘vins’ n’a pas la même connotation que ‘fous dangereux’ ou ‘racailles' ».

Mais il précise : « Il ne doit pas y avoir de sujet tabou, toutes les questions doivent pouvoir être abordées, discutées, débattues … mais aussi argumentées. Et c’est cela qui manque parfois dans les réactions impulsives ».

« Une erreur peut se réparer »

« Nous avons fait le pari que l’œuvre était si ‘énorme’ qu’on ne pouvait que croire à une satire. On n’a pas mis de balises… c’est ce qui explique les retours aujourd’hui », explique le président de l’asbl, Jonathan Fischbach.

En réponse, Patrick Charlier du Centre d’égalité des chances conclut en écrivant ceci : « Je pense que le plus important est de mettre cette carte en contexte et j’ai bien lu que Monsieur Fischbach regrettait de ne pas l’avoir fait au départ. C’est en ce sens que nous pensons que ça a été une erreur. Mais une erreur peut se réparer ».

C. Biourge

source: http://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-carte-d-enseignons-be-un-bon-outil-contre-le-racisme?id=8211156