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Centrafrique: la France vainqueur par chaos ?

L’habillage cosmétique du chaos centrafricain, avec l’élection récente de Catherine Samba-Panza à la présidence du pays, s’est très vite réduit à l’état de peau de chagrin. Le jour même de sa prestation de serment, il y a moins de trois semaines, une quinzaine de personnes ont été tuées à l’arme blanche dans le nord de la capitale, Bangui, souvent en pleine rue, en raison de leur appartenance communautaire.

L’exode des musulmans hors de la Centrafrique, loin de s’être réduit, n’a fait que croître depuis le mois de décembre. Par leurs propres moyens ou grâce aux convois routiers organisés par l’armée tchadienne, ils sont plus de 75 000 à avoir pris la tangente. Malgré la présence des quelque 5 400 pioupious de la Misca et des 1 600 français de l’opération Sangaris, leur sécurité n’est plus assurée.

Vers le Cameroun, vers le Tchad, les musulmans centrafricains sont « retournés » pour la plupart d’entre eux dans des pays qu’ils ne connaissent pas et où ils ne sont pas nés. Ils sont d’autres dizaines de milliers qui attendent encore leur tour dans l’un des 68 camps de déplacés que compte aujourd’hui Bangui.

Tous fuient les combats entre anti-balaka et ex-Seleka. Des affrontements sanglants, trop vite assimilés à une guerre religieuse qui n’a pas lieu d’être, entre d’un côté une soi-disant milice catholique, les anti-balaka, et de l’autre, les ex-rebelles de la Seleka, musulmans et arrivés au pouvoir après en avoir délogé un président chrétien…

A l’origine, les anti-balaka  étaient dans les années 90 des groupes d’autodéfense de villageois, constitués à la fois pour lutter contre les coupeurs de route mais aussi pour protéger le nord de la Centrafrique contre d’éventuelles attaques de nomades tchadiens, ces derniers ayant depuis longtemps l’habitude de pareilles incursions.

A la faveur des nombreuses exactions commises par la rébellion Seleka depuis sa prise du pouvoir en mars 2013, comme le racket des fidèles le dimanche dans les églises, ces milices se sont réactivées en mobilisant sur la haine du musulman, ce qui a eu tôt fait de les assimiler à des groupes armés chrétiens.

L’image était alléchante pour les médias occidentaux, en particulier français, et surtout, elle était simple à comprendre et à digérer : de pauvres catholiques opprimés par de sanguinaires musulmans. Un schéma à la portée de tous et qui vient justifier l’intervention française sous la forme d’une assistance à populations en grande détresse.

Anti-balaka ou ex-Seleka, chaque camp compte son lot d’éléments incontrôlés qui ont été à l’origine des pires exactions. Mais en acceptant le départ de Michel Djotodia et l’élection d’un nouveau chef de l’Etat, l’ex-Seleka a progressivement conquis la confiance des Français, à l’inverse des anti-balaka.

Désormais, la France a choisi un camp et elle le fait savoir par la voix du général Francisco Soriano, chef de la force Sangaris, qui a récemment dénoncé les anti-balaka comme  « les principaux ennemis de la paix ». Ajoutant ensuite que « l’on ne ne doit pas les cantonner, mais les chasser comme ce qu’ils sont, c’est à dire des hors-la-loi, des bandits ». Comme ça c’est plus simple !

La France a décidé de faire du Tchad un pivot essentiel du redéploiement militaire français en Afrique centrale. Sous ce fabuleux prétexte qu’est la prétendue lutte contre le terrorisme dans la région sahélienne, un accord a déjà été signé avec le Tchad mais aussi avec le Niger, permettant ni plus ni moins à Paris d’intervenir où bon lui semble dans ces deux pays et de façon complètement autonome, ce qui revient à ne prévenir les autorités concernées qu’après coup… Comme ça aussi, c’est plus simple.

source: http://diktacratie.com/centrafrique-la-france-vainqueur-par-chaos/